Annecy- Jour 1.

Annecy est un monde après la pluie. Gorgée d’eau, elle exhale ce matin un parfum moite de désir. 

Après quelques formalités, guidé par le sourire des hôtesses du bureau des pleurs qui annoncent comme à regret mon statut ectoplasmique, j’obtiens la traditionnelle sacoche estampillée Annecy 09 -noire et constellée de Pin’s cette fois- et le badge de rigueur. Quelques minutes plus tard, je chevauche un vélo qui me mènera à un salon et une étrange rencontre.

« Mais qu’est-il arrivé à Patrice Leconte ? » se demandait Bernard Achour, le journaliste du Nouvel Obs dans sa critique du film La Guerre des miss. « Une infinie tristesse se dégage de cette cafardeuse comédie » renchérissait Le Figaroscope.

Patrice est là, devant moi, à Annecy. Devant la presse, décontracté du gland, le cinéaste qui honnit les critiques (ou l’inverse). Je lis distraitement l’article Wikipedia qui lui est consacré :  » [en 1975], Patrice Leconte commence à croire qu’il a fait fausse route dans le cinéma et accentue sa carrière publicitaire. » Mais les Bronzés déboulent, Patrice se sent obligé de continuer, se plante de nouveau, s’obstine, bifurque, s’essaie aux costumes, puis sort les Miss. C’est la guerre. 

« Vous avez raté votre vie ? Venez nous voir, ça pourra s’arranger. » Plaît-il ? Patrice en pleine conversation avec les Témoins de Jéhovah ? Non. C’est le pitch du nouveau projet de Patrice -« réalisable dans deux ou trois ans autant dire mon premier film posthume » (rires dans la salle)- intitulé Le Magasin des Suicides (professionnels). Les artistes mettent toujours du leur dans leurs oeuvres paraît-il. 

Vous l’aurez compris, puisque Patrice est à Annecy, c’est que son projet –15 millions d’euros de budget avec option 3D, oui c’est à la mode- est un film d’animation -nouvelle pirouette, ultime ? Adapté d’un roman de Jean Teulé par les soins de Patrice -« Quand Jean a lu l’adaptation il était sur le cul »- ce film pourra toujours servir à une pub de Dignitas. Soit « un magasin où l’on vend depuis dix générations tous les ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l’humeur sombre jusqu’au jour abominable où surgit un adversaire impitoyable: la joie de vivre. » Un petit garçon incarnera l’adversaire -Patrice courant après l’innocence-, tel « le vers dans le fruit du malheur et de la dépression ». Ca sent le vécu. 

Annecy n’est plus tout à fait la terre. A dans trois ans donc, laissons le vers grandir. Je pars pour ma première projection.

S.

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